Je plisse.
Adieu lisse épiderme, voilà que je plisse ferme. C’est incroyable toutes ces années concentrées en un seul « p » : une petite lettre ajoutée et c’est le bordel cutané.
Pattes d’oie par-ci, ridules par là, ma couenne craquèle.
Comme si avec le temps, la peau prenait conscience de son devoir de mémoire et figeait sans précaution le froissé négligé de mes émotions.
J’étais prévenu vous me direz. Pas de surprise. C’est en paquet cadeau avec les tempes grises. Inutile de faire la guerre aux tranchées : lifté ou pas, on ne peut rien contre les lignes ennemies et leur expression. Grand, petit, noir, blanc, joli(e) ou non, nous subissons tous l’empreinte du temps qui nous zèbre le cuir en trois dimensions.
Certes on se rassure. On vante le style chiffonné qui sied à l’homme mûr. Chaque ride a son histoire, à chaque faille sa bataille. C’est sûr, ça rajoute tout de suite de l’aventure à la mature.
Et puis, au-delà d’un attribut de sagesse, le sillon de tous les âgés trace le fossé béant qui nous sépare des autres espèces, animales j’entends : jamais vu un vieux lion fripé, un bon matou un peu mou de la fesse ou encore un pingouin à l’agonie sur sa banquise les yeux plombés par des valises…
La ridule n’est qu’humaine. Est-ce un élément clef de notre supériorité ?
Bah oui, à l’échelle des plis, plus j’en ai plus je réfléchis.
Alors en tant que grenouille qui plisse, je m’octroie le droit de penser.
A moins que ce ne soit l’inverse.
Car c’est un fait, qui pense plisse…










