Tuesday, July 01, 2008

Je suis tombé.

De haut.

Investi dans un nouveau boulot depuis mon retour en France, j'ai rallié un projet sortant du berceau, ambitieux et porteur de sens.
Je m'entoure d’une équipe solide, au savoir faire hors-pair et à l’esprit rapide. Nous nous lançons frondeurs, sans compter nos heures, au service de la cause : on s’engage, on réfléchit, on doute, on agit, on rit, on pleure, on se pose, on partage, bref on construit…
Après le succès mérité d’un développement en Chine, mon histoire joliment démarrée, brutalement se termine : me voici contraint de lâcher le braquet.

Je vous dois des explications : un tel abandon ne se fait pas sans raison.

Diriger un projet compliqué demande un partage honnête, une confiance absolue entre les forces de tête. Un respect, une complicité, une alchimie qu’au bout d’une année je croyais acquis.
Las.
J’ai compris au retour de Shanghai qu’il y avait une faille. N’en ai pas bien saisi le détonateur mais le trou béant m’a retourné le cœur. Question de valeurs…

L’estime que je porte à mes troupes me laisse hésitant devant la chaloupe.
Pourtant rien ne sert de se battre, il faut partir à temps : je ne tiens pas les cartes et le terrain est glissant. Danger. Je dois reprendre ma liberté.

J’ai chu certes. Mais pour mieux me relever.
Bon petit soldat de la vie que je suis, je suis déjà sur mes deux pieds.
Regarder droit devant. Question de tempérament.

Une opportunité grillée, dix de retrouvées. Enfin, c'est l'idée...

Sunday, May 11, 2008

Je suis au bord du Huangpu et je regarde passer les navires containers qui s'avancent en silence vers la mer.



Après mon dernier cri tragique, j'ai pensé qu'une virgule en images aux relents touristiques serait de bon aloi dans l'attente du prochain croa...

Je suis actuellement à Shanghai.
J'ai attrapé ce matin deux vues depuis ma chambre d'hôtel. Histoire de partager un peu du spectacle de cette mégacity (18 millions d'habitants soit la population quasi totale de l'Australie) qui, contre toute attente, m'est apparue plein de charmes.

La qualité des prises est très mauvaise (mon bb fait ce qu'il peut) et le nuage de pollution constant sur la ville n'arrange certainement rien (cliquez sur les photos pour une meilleure visibilité)...

Le fameux Bund, vestige de l'extraordinaire passé colonial de Shanghai, s'étire le long de la rive gauche du Huangpu...



Un exemple des curiosités architecturales qui pullulent à Pudong, quartier neuf qui fait face au Bund, sur la rive droite du Huangpu...


D'autres clins d'oeil vous rendraient certainement à mon jugement, comme les avenues bordées de platanes où les lilong, lotissements urbains plein de charme, résistent à la folie des grattes-ciel entre deux vestiges Art-Déco sauvegardés de la Concession Française...

Fermée par décision politique à tout développement ou investissement étranger au lendemain de la guerre, Shanghai s'est réveillée il y a 15 ans, largement préservée du saccage architectural du communisme éclairé...

Depuis, la ville s'attache à redonner leur brillant à ses immeubles d'antan, tout en offrant aux meilleurs architectes d'orient et d'occident de s'éclater sur des structures ou des projets abracadabrants...

Monday, April 21, 2008

J’ai mal.

Mal d’un vide.
Un départ qui me casse, un envol fatal, une absence trop rapide.

Je viens de perdre un frère.
Mon frère ainé.
Emporté par le crabe, comme ça, dans la force de l’âge, terminé.

La sale bête l’a bouffé, ravagé.
Elle lui a mis un genou à terre puis l’a achevé sans pitié.
Impasse et perd, foutu Cancer.

Témoin impuissant d’un combat plein d’espoir pourtant joué d’avance, j’ai assisté résigné à la reddition sans gloire du héros de mon enfance.
J’ai vu une force de la nature souffrir aux limites de ce qu’un humain endure.
Son corps se raidir, le regard inquiet. Le grain de peau jaunir, la camarde avancer.
Rideau.

Depuis l’émotion me fige et sabote mon inspiration. Je croyais qu’on écrivait mieux quand on est malheureux. C’est raté. Je bute sur les mots et ne sors rien qui vaille depuis trois pensées écrites pour ses funérailles.

Je persévère.

Me sortir de la tête l’agonie de mon frère. Effacer ses délires, son visage émacié, sa descente aux enfers. Me rappeler les moments forts, les instants partagés, ressasser nos souvenirs, entendre nos grincements et nos rires.

Il est parti et nous on reste.
L’abandon est manifeste.
Pour ses filles bienaimées qu’il laisse sans repère. Pour celle qui l’a porté à qui ce trou béant pèse énormément. Existe-t-il plus difficile que perdre un enfant ?
Pauvre maman.
Elle qui depuis tout petit nous apprend à serrer les dents, découvre dans la douleur qu’il est curateur de laisser déborder son cœur.
Un mal pour un bien ?
Surement…

Thursday, February 21, 2008

Je… voilà.

Avec ça, j’ai tout dit.
Tout dit quoi ? Ben justement, c’est la magie pardi.
Voilà est un petit mot malin qui laisse à chacun choisir sa fin.

???
Explication siouplait.

Voilà. J’ai observé en revenant de mes périples, qu’en mon absence à l’étranger, les gens de France ont inventé l’affirmation à choix multiple.

Pardon ?

Voilà je vous dis. Faîtes donc une pose et écoutez les gens qui causent.
Rien remarqué ? Ecoutez mieux. Voilà. Entendez le petit mot super actif qui sort de son rôle démonstratif. Voilà, vous y êtes. Quand on y prête bien attention, la préposition a fait l’assaut de nos conversations. Du voilà, en veux-tu en voilà, on l’utilise à tour de bras. Je m’explique et… voilà. Le voilà de nos jours coupe court les trop longs discours. Voilà en guise d’argument et tout est dit, sans complément.
Et tout le monde comprend. Hallucinant.
Enfin, magique je vous dis. Sortez-le de votre chapeau et c’est l’unanimité en un mot. Habile. Voilà laisse à chacun trouver la fin. Devine mon ami ce que je dis. Je dis, tu tries. Pas besoin de développer, chacun y met ce qui lui plait.

Voilà quoi.

Attention, pas de voici. Très différent le voici. Voilà un synonyme qui n’admet pas le simili. Voici c’est précis, voilà c’est au choix.

Vous allez me dire « attends, c’était déjà comme ça avant »…
Vraiment ? Mon séjour prolongé chez les anglais m’aurait-il rendu plus subtil dans l’analyse du phrasé français ?

Certainement.
Enfin, je ne sais pas.
Je ne veux pas entrer dans un débat parce que… voilà.

Thursday, December 27, 2007

J’ai froid.

Longtemps que je n’ai pas connu ça.
Je me retrouve dans le petit matin parisien comme un kangourou parachuté chez les pingouins. Je me les gèle.

J’avais oublié les joies du froid.
Non qu’il ne me soit arrivé les nuits d’hiver à Sydney, de me cailler sévère. Jamais compris du reste, pourquoi les gens du bâtiment en terre australe manifestent un tel mépris pour le chauffage central…

Mais bon, revenons à nos glaçons.
Car il ne s’agit pas là d’un petit froid qui picote aux entournures.
Je parle d’un froid sérieux. Un qui tutoie le négatif de nos températures. Genre sortie de glacière. Carrément frisquet le courant d’air : lassé de s’attaquer aux extrémités, il passe au travers de ma polaire comme si c’était un coton vulgaire et insidieusement s’emploie à me figer les nerfs.

Un froid qui saisit. Qui neutralise par anesthésie.
Un air réfrigéré qui m’attaque le cervelet en frontal, fait virer mon nez du rouge au violet et, paralysant mes capacités en souplesse labiale, me donne l’élocution d’un débile mental.
Enfin, histoire d’en rajouter dans le profil du niais parfait, phagocyté dans trois couches superposées de duvet, j’ai à peu près l’aisance d’un hanneton retourné dans le mauvais sens.

Joli portait.
Ahh, il est fini le temps où je vous narguais avec mon air toujours bronzé…

Je devine un petit sourire narquois sur vos lèvres qui se dessine.
« Il l’a voulu, il l’a ». A fanfaronner sur ma joie de revenir par là, ça m’apprendra.

Pas méchant garçon, c’est en toute sincérité que je puise dans mes réserves de chaleur pour vous souhaiter de tout mon cœur, mes vœux les meilleurs pour la nouvelle année.

Wednesday, November 14, 2007

J’embrasse ou pas.

C’est le dernier truc dans le ton.
La bise entre garçons.

Depuis que j’ai réintégré la vie sociale de la capitale, j’assiste amusé à l’effondrement organisé d’un pan entier de virilité.

J’ai observé dans la rue ou autour de moi, que les mâles d’aujourd’hui s’embrassent à tour de bras. A chaque fois qu’ils se voient. Comme ça, entre mecs : bisou-bisou. Je tends mon bec, prépare ta joue.

Alors voilà, est-ce à force d’avaler du génétiquement modifié que la masculin cède au féminin un peu de terrain?
Meuh non, qu’est-ce qu’il va chercher le bv ?!
Ce n’est pas parce que les rouflaquettes se frisent que l’on est de la jaquette, qu’on se le dise. Tous ces jeunes hétéros qui se pètent la bise ne sont pas sous la botte secrète d’une libido indécise. Non non non.

Mais si ce n’est pour jouer à qui est rasé de plus près, ni pour goûter au supplice râpé qu’endurent nos moitiés au baiser, qu’est-ce ? Quel est cet élan que même les plus machos encaissent ?

J’ai ma théorie. Je vous la dis.
A mon avis, cet échange physique innocent puise ses racines dans nos gestes d’enfant. Petit, on m’aime comme je suis. Personne ne juge ni mes actes ni ma vie.
Recréer un semblant de ces temps où tout était sûr, c’est épatant, ça rassure.

Comme si l’on attribuait à l’effusion naïve des candides, les vertus curatives d’un remplisseur de vide.

C’est amer sans être aigri mais c’est la vie.
Et finalement, c’est plutôt joli.

Moi j’attends le militaire rattrapé par la tendance et qui balance un bécot à son voisin d’offense...

Monday, October 22, 2007

J’ai le droit de me taire.

Certains auront remarqué que depuis mon retour au pays du béret, le rythme de mes posts s’est un tantinet relâché. Paresse, manque d’inspiration ?
Non non, j’ai trouvé une jolie raison à mon manque d’application : je fais la grève.

La grève pourquoi ? Je ne sais pas. Et puis d’abord, cela ne vous regarde pas.
J’ai le droit avec moi. Je me tais si ça me plait.

A ce propos, j’ai revécu la semaine dernière un grand moment contestataire.
Sur fond de défense de leurs régimes très spéciaux, nos amis les fonctionnaires ont battu le pavé et délaissé pour la journée leur mission de service à l’imposé.

Adieu train, bus, métro, bonjour le chaos.
C’est que, chez les dieux du râle, c’est un fait : le débat social se fait après. Comme si le français devait d’abord bien en baver avant de se poser pour discuter.

J’avais oublié cette spécialité. Envie d’hurler. Je me tais.

Et face à ce peuple d’objecteurs réputé, je suis impressionné par l’attitude réactive des usagés. Pris en otage d’une situation au dérapage mal contrôlé, ils contournent sans piper les brimades et les humeurs de leurs camarades frondeurs.

Tacitement, ils enraillent le mouvement.
Ils résistent au joug syndical et s’organisent:
certains vont en vélo, scooter, rollers, voire se contentent de bonnes chaussures. D’autres s’égarent dans leur voiture. Coincés comme des moutons dans l’entonnoir de ces jours noirs, ils tombent sans prendre gare dans la spirale de pollution.

Il est vrai qu’on ne peut pas non plus, se battre sur tous les fronts…

Thursday, September 27, 2007

Je Vélib’.

Ce matin il fait beau, je décide d’aller bosser à vélo.
Je mets à profit les initiatives réussies de la ville de Paris.

Je fends le trafic, profitant en passant de points de vue magnifiques.
Je suis tout excité de faire faux bond à la RATP.

Le soir au retour, je retente l’expérience. Deux vélos restent à la borne, j’ai de la chance. Je tapote mes codes à la suite et libère un vélo que j’enfourche vite.
Ne pas me faire devancer.
Mauvaise pioche, la roue est coincée. Bon. Je le remets.
J’attends 3 minutes réglementaires et sur le deuxième je réitère. La tension monte. Je prie le bon dieu qu’un abonné malicieux ne vienne me le carotter.
Je saute sur l’engin libéré sans rien vérifier.
Déraillé. Damned.
Refusant la défaite, j’attaque la chaînette et ma main gauche sacrifie sur l’autel du cambouis.
Une étudiante dépose sa petite reine. La bécane est pimpante, belle aubaine. J’abandonne mon bricolage amateur et retourne à son plot mon engin de malheur. Je respecte impatient le temps de rigueur et garde prudent le bicycle sain dans le viseur.

Surgit alors de nulle part, un jeune abruti ignorant mon regard. Il dégaine sa carte magnétique et me souffle sur le champ la petite mécanique.
Gasp.
C’en est trop.
Au diable le vélo, je me rabats sur le métro.

Quand l’employé au guichet me voit arriver la main noir de geai lui demandant un mouchoir en papier, il sourit. Il me tend une lingette et l’air entendu, hoche la tête et me dit : vélib’ je parie?

Tout penaud l’air gêné, je lui rachète un carnet.

Thursday, September 20, 2007

Je respire encore.

Sous l’eau.
J’ai la tête sous l’eau et je respire encore.

Je suis en apnée sous les eaux diluviennes de ma nouvelle vie parisienne. Pas le temps de remonter pour souffler. Noyé dans le flot d’un boulot qui démarre, submergé par la vague survoltée de la rentrée des têtards, je nage la brasse coulée dans les méandres immobiliers, à l’affût d’un hypothétique et douillet nénuphar.
Et je survis. Je dirais même, j’apprécie.
Non ?!… Ben si.

A se demander si je n’ai pas viré amphibien. Pour de vrai. Si je n’ai pas muté du statut de grenouille qui gigote à celui de batracien patriote.

Replongé sans transition dans une vie à la con, voilà que j’y grenouille à mon aise, souriant, fort, sûr de mon fait et satisfait de mon sort. Sans malaise.
Je n’éprouve aucun regret pour le style de vie australien ni pour ses atours. Vraiment. Sincèrement. Tout au moins pas à ce jour.

Je redécouvre Paris et son rythme d’abruti dans la peau du ravi : je suis heu-reux.
Pas de soucis, rien n’est grave. Tout va bien, je suis reconquis.

Aurais-je fait du no worries*, théorie saine et sage du pays des surfeurs, l’adage de ma vie ici, version ballon de rouge et jambon-beurre ?

Je crois que oui…
Et c’est tant mieux. Car si j’ai repris avec sérieux un rôle actif dans la cavalcade, je réalise que j’ai acquis en Australie le recul décisif qui me sert aujourd’hui d’escapade.

Je cours c’est un fait, mais c’est moi qui décide où je vais… à peu près.


*des détails sur le sujet No Worries ici

Thursday, June 28, 2007

Je dernier cri.

Bon, ben voilà. C’est fini.

Non que je me lasse. N’allez pas croire que je m’ennuie quand vous et moi on bavasse. Que nenni.

Ma décision est logique. Elle suit le mouvement d’un repli stratégique.
La grenouille se retire du marais austral. On remballe. Mes charmants têtards, madame et moi-même rentrons pour de bon à la maison mare.

Après cinq années passées à l’envers, nous voici de nouveau la patte en l’air, décidés à enjamber en un saut la moitié de la Terre.
Nos passeports de kangourous en poche, du soleil, la mer et du sable ras la caboche, nous quittons Sydney et sa baie magique pour les joies de Paname et du périphérique. De plein gré.
Si si.

Oh, je sais ce que vous pensez : le gars est barjo ou idiot. Faut-il que son cerveau ait tourné batracien pour lâcher si bêtement le paradis australien…

Tout faux. Qui nous connaît le confirmera illico : nous, les rois de la bougeotte, ne sommes jamais plus heureux que lorsque l’on gigote. De la mobilité sommes de fervents émules. Avec pour devise dans la vie, qui n’avance pas recule.

Ainsi se meut-on. Et aussi s’émeut-on. Faut pas croire, ce n’est jamais si facile de quitter sans revoir. Même si le monde est petit et les occasions infinies…

Alors déserter Down Under me condamne à me taire ?
Non. Mais le statut d’amphibien perd sa saveur quand il est parisien.
Fidèle à l’adage, je tourne la page.

Et si en quittant les vagues je vous laisse amers et sans blog, je vous promets sans blague de ramer sévère pour mon retour en vogue.

A very bientôt.

Thursday, June 21, 2007

Je contribue.

Ce doit être à la mode.
Quelque chose dans l’air, l’ascension dans les médias d’un nouveau code.

Aujourd’hui pour communiquer chic, il faut faire parler son public.

Je m’explique.
C’est la télé qui a commencé. Nous balançant en veux-tu en voilà des programmes de réalité. Monsieur ou madame tout-le-monde est exhibé(e) et vas-y que je te raconte ma vie. Je me montre. Je m’affiche, je déballe un talent en friche.
Humble citoyen jadis sous la férule du pouvoir médiatique, j’étale royal mes tripes sur le divan cathodique. C’est moi Roger Lambda, je suis la star des médias.
Et si je ne suis pas en scène, je reste aux manettes : je vote. J’aime ou je jette.

Et ça marche. La masse jamais assez repue d’histoires exaltant son vécu, glorifie le péquenaud et fait bondir l’audience à d’inédits niveaux.

Sur Internet, c’est kif-kif bourricot.
Parlez-moi de moi, ya qu’ça qui m’intéresse a fait dire Béart à Jeanne Moreau. Pas nouveau. Et pas faux. Sauf que maintenant c’est plutôt j'vous parle de moi, ya qu’ça qui vous intéresse...
Le succès des blogs, des sites de partage amateurs et autres réseaux mateurs révèlent le potentiel de l’acteur qui se tapie derrière chaque spectateur.
Admettons-le, il faut croire que l’on prend son pied à faire connaître au monde entier ses dons cachés, son intimité ou sa version de l’actualité.

D’ailleurs, si chaque Jeudi je participe sciemment à cette folie, je dois dire que mes modestes billets seraient un brin austère sans le concours brillant… de vos commentaires.

Thursday, June 14, 2007

Je suis papa.

Depuis presque vingt ans. Trois fois.
Pas en même temps. Mais avec la même maman.

Deux filles, un gars, pas tout à fait dans cet ordre là.
Je fais exprès de mélanger. Peu importe quand ils sont nés et puis, sont tous les trois mes préférés.

Mes enfants je les aime en grand, chacun pour ce qu’il est, ce qu’il devient et ce qu’il promet. Je les aime sans condition. Même si parfois je me bâts pour leur éducation.

Je les aime tout court. Et eux depuis le premier jour, ils m’aiment en retour. En entier. C’est effarant tout cet amour. Ça circule, ça gesticule, c’est électrique, c’est biologique. Ça porte, ça supporte, ça transporte. Ça claque les portes. Ça s’oppose, ça cause. Ça grandit. C’est ça aussi l’amour : ça vibre, ça vit. Ça enrichit. Ça nourrit les jours de gris.

J’en connais qui démarrent à peine. Je les envie. Ils ont de la veine.
Prendre par la main son petit bout et lui transmettre à peu près tout. Donner sans compter. Et recevoir en quantité. Un regard, un baiser. Un petit bras autour du cou. Un câlin et on oublie tout… Etre le roi du monde. Son monde.

Aujourd’hui le temps s’accélère et nos premiers petits quittent le nid.
Nous voici à quarante ans et des poussières aux prémices d’une nouvelle vie.

C’est excitant ce temps reconquis. Mais c’est traître aussi. Car c’est en les regardant devenir grands que l’on vieillit.

Alors s’il vous plaît mes petits chéris, ayez pitié de mes cheveux pas encore gris. J’ai un aveu à vous faire : je ne suis pas prêt pour être grand-père…

Thursday, June 07, 2007

J’ai le cafard.

Rien à voir avec l’humeur noire.

Non, rien à voir. Et si je dois confesser de temps en temps une légère lassitude, un léger fléchissement dans ma tout-va-bien attitude, genre mal du pays, petit soupir côté bouffe, famille et amis, sachez que ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui.

Je vous cause ici de mon animal de compagnie.
Enfin, façon de parler.

Sydney est la capitale du cafard.
Oui, la petite bête qui détale, la répugnante blatte noire.

Y en a partout. Ne me demandez pas pourquoi, c’est un fait.

Est-ce le climat qui leur sied ? N’allez pas croire que c’est la saleté. Vous avez beau avoir une maison briquée, ils se baladent chez vous à la nuit tombée comme des touristes japonais lâchés dans un musée. A toute allure. Et en toute liberté.

Probablement pas méchant. Juste pas ragoûtant.

Leurs ancêtres ont dû débarquer avec les premiers pionniers. Vitaminés par des mois de promiscuité sur des rafiots bondés où les filets de l’hygiène avaient de larges mailles.
Depuis, ils ont prospéré. En nombre et en taille.
Car l’insecte est ici astronomique. Enorme. A croire que les nôtres en Europe sont anorexiques. Même forme mais version barnum.

A moins que le cancrelat massif de tout mon dégoût soit un animal natif. Comme le sont le koala et le kangourou.

Mais à dire cela, je m’expose. Danger de la métamorphose.
En cafardant sur l’envers du décor australien, je prends un risque kafkaïen : me faire écraser par la semelle courroucée du Tourisme Australien.

A propos, je vous ai parlé des araignées ?...

Thursday, May 31, 2007

Je sèche.

Le blanc. Le néant.
Aujourd’hui mon esprit est aphone. Silence radio. Pas inspiré. Panne de neurones. Zéro. Nada. J’ai les cellules créatives embourbées. Pas le début d’une idée. Rien. Macache.

Bon, ma rédaction du Jeudi s’annonce coton.

Aussi souffrez que j’emploie une ruse, que j’esquive. Que je vous propose une rétrospective. C’est que je me dis ma foi, je n’ai pas écrit tout ça pour n’être lu qu’une fois. Permettez que je vous repasse le plat.

Vous aurez reconnu d’où me vient cette inspiration. Ils abusent sans se priver de l’astuce à la télévision. Rédaction à court d’idée ou réduction en cours de budget, l’art de la reprise sur le tube cathodique fait les beaux jours du filon nostalgique.

Alors pour ce bruit de rattrapage, point de cacophonie. Mais du tapage organisé en morceaux choisis.

Grincement gourmand qui colle aux dents, tintouin chagrin au secours du secret féminin, ronron glouton apologétique mais platonique au croisé d’un canon, potin mutin sur le mutant de la main, tollé gonflé sur la boulimie rampante en économie, musique mélancolique en deux mouvements sur la valse du temps, échos tremolos d’accords qui résonnent encore ou mots d’écolos en désaccord qui raisonnent à tort...

Pour terminer, je sais que vous plébiscitez cette histoire de banane qui me valut le bonnet d’âne. Mais comme cet espace m’appartient c’est moi qui décide de la fin.

Ce sera un murmure, le léger bruissement de mon cœur d’amant, chuchotant à l’amour de ma vie le tribut ému de notre aventure.

Thursday, May 24, 2007

Je vois le genre.

Vous avez déjà rencontré mon voisin de bureau.

L’autre matin pendant notre moment quotidien d’échange social, le jeune homme montre un intérêt soudain pour ma langue natale.
Vous connaissez le principe : comment dit-on ça en français ? Et ça ? Et puis ça. Ahahah très drôle : chaise, le chaise…

Aïe. Halte là mon ami, permets que je rectifie. Je ne voudrais pas briser là ton culturel appétit mais :
- On ne dit pas «le», on dit «la».
- Pardon
me dit le malin, regroupant dans l’effort ses notions de collégien, ce ne peut être «la» puisque je suis masculin…

Certes noble étranger, mais le mot chaise est féminin, et ça tu n’y peux rien.

- Comment chaise peut être femelle puisque c’est my chaise, s’obstine l’animal. This chaise m’appartient et doit donc être mâle.

Pas con. Il n’a pas tort dans le fond.
Quand il réfléchit bien, c’est plein de bon sens un Australien.

Et je me lance dans une visite guidée de la grammaire gallique… exposant le sexe des mots et leur attribution logique.

Je confesse le masculin réducteur d’un amour de jeunesse, le féminin trompeur de la brute épaisse et l’option de choix opportune entre le désir qui est l’un et l’envie qui est une…

Je révèle l’énigme androgyne de la soupière perdant ses manières quand elle est récipient ou celle du ballon qui devient montgolfière en changeant de dimension…

Pas facile.
La maîtrise des genres est chez nous bien subtile.

Et mon ingénieur ironique, de conclure perplexe:
- Alors si même en sémantique, vous êtes les champions du sexe...

Thursday, May 17, 2007

Je ne passe pas mon bac, je m’amuse.

Non, ce n’est pas le dernier commentaire blasé d’un des membres actifs de ma progéniture.

Ni ma réponse agacée à la question décalée d’un observateur myope sur les raisons de mon écriture.

Cette affirmation vient de nulle part. Enfin, plus exactement elle a surgit des profondeurs de mon imagination. Ca s’est passé hier à l’aube. Elle a fait l’assaut subit de mes très matinales réflexions. Je vous jure que c’est vrai. Je ne sais pas d’où elle vient, ni ce qu’elle veut dire. Mais je l’ai enregistrée telle quelle, avec précaution. On ne sait jamais, peut-être tiens-je ici l’esquisse de ma prochaine création…

Mouaif. Pas sûr. Voilà deux jours que je tricote cette suite de mots en boucle. Et pas l’ombre d’un fil à suivre pour finir mon ourlet.

Même ma chère et tendre, qui verse ces jours-ci dans l’Analyse Psychosomatique des messages suggestifs portés par le rêve, sèche carrément sur le cas.

Qu’importe me dites-vous ? On s’en tape rajoutent les mal levés ?

Pardon, mais vous n’avez jamais entendu parler de l’importance du message subliminal du petit matin ? On ne vous a jamais appris que les destinées les plus célèbres ont été lancées au réveil ?

C’est que le bv ne veut pas passer à côté de son destin.
Je veux comprendre…

Alors j’en fais quoi moi de cette remarque d’adolescent attardé aux accents provocants ? Vous n’auriez pas une idée ?

Allez oui, lâchez-vous après tout. Commentez, donnez vous de la peine. Qui peut m’aider à trouver ce qu’a mon inconscient de subtil à me dire ?

Thursday, May 10, 2007

Je ne regrette rien.

Non, rien de rien.

J’aurais dû doubler mes « r ». Et vous auriez compris.
Qu’il s’agit d’une grande première. Un cri people. Enfin non, dit comme ça, ça fait vulgaire. Plutôt music-hall.

Je sors du film de Dahan sur la vie d’Edith Piaf.
La rime est facile et pourtant, j’ai pris une baffe.

Evidemment je connaissais la dame. De La Vie en Rose à Milord, le répertoire du moineau de Paname fait partie du décor. Comme un monument. Le patrimoine du bon français: oui oui, c’est très joli. On chantonne de temps en temps, et voilà. On oublie, c’est de l’acquis.

Et puis là, boum. Révélation.
Ce bout de femme aux yeux tristes et au ton gouailleur a forcé mon admiration.

J’apprends la vie chaotique de celle qui élevée dans un bordel, mît à ses pieds le Gotha de la musique et enflamma l’Olympia. Comment ce petit corps sec transforma en habit de lumière une simple robe noire et mît KO un séduisant champion de boxe pied-noir. Je découvre celle qui lança le jeune Montand, Charles Aznavour, Bécaud le fringant, les Compagnons de la Chanson et Georges Moustaki…
Respect je vous dis.

Il fallait que je la revoie, en vrai. Trouvé des enregistrements originaux. La regarder chanter. Cadeau.
Elle prend aux tripes, cette voix. Sincère, passionnée.

Je vous conseille son Hymne à l’Amour. Ecrit après la tragédie qui lui ôta l’homme de sa vie. Il saisit. Tant de force dans ce corps affaibli.

Bon alors, il m’aura fallu tout ce temps pour apprécier ce trésor.
Mais ça, ça ne vous concerne pas : c’est mon manège à moi.

Thursday, May 03, 2007

Je carte postale.

Autant vous prévenir.
La lecture des lignes qui suivent peut être difficile à soutenir.

Je veux vous décrire le spectacle qui ouvre ma journée sur ma terrasse à Sydney.

C’est pour me souvenir que je commets ce billet. Pas pour la ramener, ni vous faire baver. C’est pour savourer le jour où, quand je me relirai, je n’y aurai plus accès.

Certains peignent ou dessinent, d’autres photographient. Moi, j’écris.

Alors point de soupir. Lisez puis fermez les yeux. Et profitez.

C’est l’aurore.
La température est douce, voire fraîche encore.
Accrochée à la colline à mi-pente, la maison offre un coup d’œil à multiple détente. Le soleil se lève à ma droite, embrassant la vallée d’un rayon mordoré. Les verts s’emmêlent dans un camaïeu de cuivre. Les toits brillent.

Le jour sera clair, la lumière croustille.

Le ciel d’un bleu immense perd peu à peu son teint rosé. Le golf soigné qui s’étale à nos pieds, s’émancipe en douceur d’un voile de brume, dégageant l’une après l’autre les cimes bombées de ficus géants.

En bas s’étend la baie, sereine et souveraine. A cette heure, la mer est d’huile. Quelques rares bateaux de pêcheurs incisent çà et là, la pièce d’eau tranquille.

L’instant est calme, magique.
Si ce n’est le tapage ornithologique.
A la tête de ces oiseaux uniques au monde, une colonie de perroquets multicolores joue dans les bananiers, m’imposant haut et fort leur matinale faconde.

De ces bruits de l’aube, je mémorise le timbre.

Final idéal pour ma carte postale : je n’ai plus qu’à poster.

Thursday, April 26, 2007

J’ai le choix.

Je m’étais juré de ne pas faire de politique. Tout au moins de ne pas prendre parti. Même si j’en ai un. Un parti pris j’entends…

Mais l’actualité me pousse indirectement à faire un petit couplet sur la liberté et son fondement: j’ai nommé, le choix, tout simplement.

Avoir le choix est fondamental. Choisir, c’est être libre. Libre de l’être ou de ne pas l’être. Vous suivez ? Si on n’a pas le choix, on n’est pas libre. Ca arrive. En général dans nos contrées, le choix on l’a.

Choisir de s’exprimer. Mais attention, choisir n’est pas voter. Choisir est une action pour soi-même en premier. Voter engage la communauté. Je choisis entre deux candidats puis je choisis de voter ou pas. Je ne peux voter sans choisir mais je peux choisir sans voter. Où donc est la liberté ? Suis-je plus libre quand je vote ou quand je choisis ? Car si choix il y a, je vote ou pas. Pas de choix, pas de droit et la liberté est bafouée. Et si on m’oblige à voter, peux pas choisir. Où est alors ma liberté?*

Le choix on l’a, je vous dis. Choisir d’aimer, choisir de quitter, choisir de vivre, de s’arrêter. Choisir cette voie ou plutôt celle-là… Choisir d’être 1/ heureux ou 2/ malheureux. Je pèse mes mots : certains choisissent le 2.

Et si vous pensez que j’exagère, plutôt que de vous le poser en question, affirmez: j’ai le choix. Je décide et j’obtempère.

Comme dirait l’autre auvergnat, celui qui berça jadis le paysage politique de mon âge ingrat : bon choix Madame, bon choix Mademoiselle, bon choix Monsieur…


*relire J’ai la voix qui coûte, cri de Novembre 2006.

Friday, April 20, 2007

Je compatis au pays du sushi.

Plus jamais je ne rirai des touristes japonais.

Je viens de comprendre leur air interdit à leur arrivée à Paris, le pourquoi des photos à tire larigot et à quel point notre quotidien peut leur être si lointain…

C’est que moi chez eux, c’est tout pareil.

Pour ma première visite au pays des sumos le choc est, comment dire… costaud.
Le Japon chamboule. J’ai l’impression d’être devant l’œuf comme une poule: je n’y comprends rien. J’ai l’air d’un abruti en voyage d’étude chez les martiens.

D’abord l’alphabet.
On a beau s’y préparer, piger que dalle casse le moral. Sans un mot du crû, point de salut. Les nippons ne sont pas légion à causer la langue d’Albion.
Heureusement que ma fille ainée (la banane dropper pour ceux qui suivent) baragouine le japonais. C’est « parle ou crève » pour vous la faire brève.

Puis les contrastes.
Japon, terre de légendes extraordinaires et terrain d’avant-garde du troisième millénaire. Pays champion du gadget d’exception qui traîne encore de vieilles aberrations.
Quand les banques de quartier en formica usé des années cinquante offrent des toilettes hygiéniques à douchette et à cuvette chauffante. Quand les geishas maquillées croisent en kimono les jeunes filles de Tokyo, sac Prada, minijupe plissée et chaussettes montantes. Quand des chihuahuas en jupette et bigoudis sont loués par des couples branchés se pavanant dans des parcs d’un autre temps…

De quoi se paumer.

Alors voilà, au pays des samouraïs, la grenouille devenue ninja n’a pas dit son dernier mot. Moi je crie Banzaï. Et j'avance.

Thursday, April 12, 2007

Je suis statique.

On dit que les voyages forment la jeunesse. Moi je veux bien mais la jeunesse, ça s'arrête où exactement?

Je dois être vieux décidément. Car de passage ces jours-ci dans le pays où j'ai grandi, j'ai la curieuse impression de ne jamais en être parti.
Pas formé ni déformé le bv. Après toutes ces années en vadrouille à l'étranger, j'ai retrouvé Paris et ses merveilles comme si je les avais quittés la veille.

Bon d'accord, je ne suis probablement plus le même à l'intérieur, transformé-vous-pensez-bien par mon aventure chez les surfeurs.
Mais voilà, je suis ennuyeusement identique aux abords.
On va dire jeune au fond... et vieux sur les bords.

Je les croyais envolés et pourtant, les repères de ma vie ancienne reviennent au galop prendre d'assaut ma visite parisienne.

Est-ce un bien, est-ce un mal ? C'est un fait. J'ai posé le pied sur mon sol natal comme si je revenais d'une balade de santé. Rien n'a changé.
J'ai beau avoir traversé la planète en diagonale, je me retrouve comme chez moi quand je flâne dans la capitale.

Comme si le temps s’écoulait sans avancer. A l’image de ces jets d’eau à la Concorde qui baignent pour l’éternité d’intemporelles danaïdes dans un décor splendide.


Depuis, j'ai mis le cap au Sud. Destination Provence où je retrouve la ville d'eau de mon enfance. Saveurs de thym, senteur lavande, bain de famille nombreuse. Où chacun reprend sa place. Encore. Comme si le chemin parcouru n'avait pas d’importance...

Mais où faut-il donc aller pour s’assurer qu’on avance?...

photo bv

Thursday, April 05, 2007

Je métaphore… pas.

Sommes-nous des Monsieur Jourdain en puissance ?
Certes bourgeois savants de la prose sans effort, sommes-nous sans le savoir les rois vivants de la métaphore ?

L’art du transfert. Le cinéma des mots. L’image évidente qui fait mieux passer le sens.

Une question pointue peut-elle blesser, un ami débordé va-t-il se noyer et un propos succulent colle-t-il aux dents ?

Notre langue est vivante. Et la mienne bien pendue. Aussi je n’irai pas par quatre chemins : souffrez que je jongle avec les mots pour apporter mon eau à ce moulin. Je meurs d’envie de faire lumière sur cette affaire.

C’est que, sans sortir de la cuisse de Jupiter, j’ai plus d’un tour dans ma gibecière. Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire : j’ai roulé jadis ma bosse dans les dictionnaires et j’en connais un rayon sur les perles de notre vocabulaire.

Loin de traiter le sujet par dessous la jambe, je veux l’illustrer de propos qui cognent. Tordre le cou aux idées reçues. Trouver des mots qui résonnent. Même si entre nous, j’accorde peu de crédit à un bruit qui court.

Quand tout à coup ma pensée se fige.

A me déboutonner ainsi, je prête le flanc aux médisants. De mordants railleurs m’attendent au tournant. Les ennuis me pendent au nez, un retour de manivelle est si vite arrivé…

Alors plutôt que de sauter sans filet, j’ôte ma tête du billot.
Je prends sur le champ mes jambes à mon cou et me retire sans tambour ni trompette de ce verbiage sans queue ni tête.

Moi, la métaphore ? Connais pas.
Jamais je ne mangerai de ce pain là.

Friday, March 30, 2007

J'enrage.

Je suis en voyage. Et peut-être l'avez-vous remarqué: je suis en retard pour mon billet.

Parti hier aux aurores avec ma clef USB et mon téléphone-agenda-appareil-photo-mini-PC-portable-que-même-y-ferait-le-café-si-on-lui-demandait, j'assure à mort.

Tranquille, je me dis. J'ai la technique avec moi, je vais pouvoir pousser mon croa.

Erreur.

Je suis coincé à Narita à Tokyo depuis hier et mon engin qui fait tout, ici ne veut plus rien faire. Bernique pour l'accès à mes fichiers numériques...
Allons bon.

Nous sommes vendredi matin et toujours rien.

Je me dis bv, il faut réagir.
J'investis 100 yens dans le cybercafé du coin. Et je tire. J'improvise.
Ca prend du temps. Je double la mise.
Deux fois. Trois fois.

Je n'en reviens pas. Me voilà au pays des nippons champions de l'avancée technologique, à chercher l'inspiration l'oeil rivé sur un stupide compte à rebours automatique.

Plus mon avion qui décolle dans vingt minutes. Faire vite.

Va pas casser trois pattes à un canard ce cri-là.

Alors soyez un brin indulgents cette fois.
C'est que, vous comprenez, c'est mon premier cri d'amphibien à capella...

Thursday, March 22, 2007

Je fête le Pont.

75 ans.
Pas moi, le Pont.
Le Sydney Harbour Bridge a fêté cette semaine ses 75 printemps.

Ils étaient des milliers dimanche dernier, à fouler le pavé en hommage à l’aïeul d’acier.

Certes l’édifice australien riveté fait figure de gamin à côté de notre plus que centenaire Dame de fer.
Mais il impose le respect.

Passer sous la structure métallique pour nous jeunes immigrés, a des vertus symboliques. Un tunnel dédouble la traversée souvent congestionnée de la Baie : je ne le prends jamais. Même si c’est plus long, j’aime franchir le Pont.
Quand je roule sur la chaussée suspendue, j’ai, comment dire, l’impression d’appartenir. Sydney j’y suis, j’y vis…

Le Pont, cœur majeur de la vie active. Acteur porteur de l’image de la ville.
C’est qu’il en a bavé le monument arqué…

L’ouvrage d’art commence son règne en fanfare. Un fou à cheval fend la foule au baptême, déchire le cordon à un galop d’enfer laissant les officiels blêmes les ciseaux en l’air.

Cinq ans plus tard, l’enjambeur flambeur d’une autre baie le relègue au placard. Surgi du brouillard dans son habit rouge pétard, le Golden Gate joue les annexes de Sunset Boulevard et se projette en vedette à l’affiche des ponts stars.

En 1973, un coup du sort fait du Seigneur de la Baie un distingué Prince Consort : l’Opéra enfin terminé déploie à ses pieds son incroyable design et devient de Sydney le porte étendard attitré.

Beau joueur, notre Pont passe le flambeau sans rancoeur.
Il a alors 40 ans. N’est-ce pas l’âge idéal pour un repositionnement ?





Photos MW

Thursday, March 15, 2007

J’essuie un lapin.

Deux potes m’ont donné rendez-vous pour déjeuner.

12h05 : j'envoie un mail aux concernés, je vérifie.
C’est qu’après 3 tentatives en un mois avortées de leur fait, je me méfie.

12h20 : pas de réponse. C’est bon signe, j'y vais. Coup de bol, il ne pleut pas. Je vais marcher, ça me dégourdira.

12h35 : j'arrive au Resto. Personne. Je m’enquiers d’une résa que je n’étais pas censé faire. J’essaie tous les noms. Bredouille.
Bonjour l’embrouille. Une table à l’instant se libère.

- « Vous la voulez ? »
- « Heu, non merci, je vais tenter un coup de bigo ».

Un coup de bigo, bien sûr bv, tu n'as même pas leurs numéros.

Coincé, je suis coincé.
Ca sent le lapin. Je mijote un brin. Peut-être suis-je en avance. Je leur donne une chance. Je suis un gentil dans le fond. Optimiste. Ou couillon, quelquefois on confond.

Je check mes mails. Rien.

12h50 : mail « Désolé, c'est annulé ». Ah bon? Ne m'en serais pas douté. Merci de me prévenir au débotté. « Trop occupés »
Parce que je n'ai rien à foutre moi, vous comprenez.

Je sors. Tant que je suis là, je m'achète un sandwich à la boulangerie française à côté… et une tarte au citron, allez.

Je m'assois sur un banc pour becter. Ca tombe bien : du pain à mâcher fera des vacances à mes nerfs agacés.

Je relativise. Pas si grave en fait.
Je reviens au bureau. Question à chaud.

- "C'était sympa ton déjeuner?"... Regard glacé.

Moralité. Il y a des gens qui trop souvent oublient, que l’amitié c’est comme les carottes : à trop la râper, elle finit en guenilles.

********

La "rédac du mois des expats" a eu lieu sur le thème "votre pire expérience cullinaire". Pas inspiré ce coup-ci, j'ai pris des libertés avec le sujet... Mais mes petits camarades ont été plus appliqués. A vous de juger:
Laurent, Aurélie V, Hervé, Fred, Bergere, Ervalena, René, Bertrand, Isabelle, Nathalie, Jojo, Aurélie N, Jean-Marc, bluelulie
.

Thursday, March 08, 2007

J’ai plongé dans le bain gay.

Non, pas de révélation scabreuse sur ma vie amoureuse.

J’ai assisté pour la première fois au défilé de clôture du Mardi Gras Gay et Lesbien de Sydney. Clou d’un Festival que paraît-il, nous envie le monde entier.


Grand moment effectivement.
Perdu au milieu de 500.000 fanatiques de tous bords, j’ai regardé passer ébahi, la démonstration généreuse d’un monde mystérieux quoique peu discret, où la fête est reine et le goût douteux.

Loin des revendications appuyées d’antan, la parade à la gloire de l’Amour libre est ce soir bon enfant. Au son d’un tube disco ou d’un r&b flamboyant, des centaines d’éphèbes au corps parfait, short moulant et muscles luisants, défilent en cadence entre deux chars délirants.
C’est la nuit de tous les clichés : les garçonnes gainées de cuir pastichent les mâles sur leur moto. Les travelos gansés de plumes, fard appuyé et postiche extraordinaire, jouent sur des talons démesurés les déesses imaginaires…

Le personnel homo d’une banque, pompiers, policiers, Lifesavers, la Municipalité ou encore les comités de soutien aux familles concernées, appellent plus sobrement à la tolérance en avançant dignement sous les vivats pour le droit à la différence.

Le lendemain à la plage, le spectacle continue.
Se prélassent en couple ici et là, des corps bronzés bodybuildés. Lascifs, ils prolongent cette nuit qui fut la leur sous le soleil de fin d’été.

Exit l’extravagance et le glamour. Derrière tout ce clinquant, qui sait, certains peut-être auront trouvé l’amour tout court…

photo TomGav

Thursday, March 01, 2007

Je love la musique.

Allez, bouge ton corps, bouge ton corps…

Yeux fermés, écouteurs rivés aux pavillons, l’attitude est concentrée mais sans tension. Un son qui sort de temps en temps, faux le son évidemment. Le balancé de tête est affirmatif, l’agité des hanches alternatif. Les jambes tricotent le cas échéant et l’ensemble oublie ses soucis sur le champ.

C’est la magie de la musique.

Trois notes suffisent, l’esprit s’esquive et le corps part en frise.

Moi je fonds aux premiers accords guimauve d’Hotel California. J’ai les tripes labourées par Buckley Junior et son Hallelujah, l’échine qui frissonne quand j’entends Morricone et le cœur grand ouvert après Imagine de John Lennon…

La musique touche. Elle secoue. En pinçant la corde de nos sentiments elle fait mouche à chaque coup. Libérant sans prévenir les torrents bouillonnants de nos souvenirs…

Qui résiste à la féerie d’un concerto du prodige autrichien, à l’alchimie des accords romantiques de l’allemand sourd ou au charme léger d’un nocturne de Chopin ? On est saisi par le touché baroque d’une viole de gambe, soufflé par le coulissé rauque d’un trombone ou enchanté par les volutes chaudes de Nina Simone…
On vibre.

Alors moi je suis jaloux. Vraiment.
J’aimerais agir ainsi sur l’émotion des gens.
Car si un air traverse allègrement les frontières et le temps, les mots buttent sur la langue et se délestent de leur sens en passant.

Ce que l’on écrit n’est rien sans harmonie.
Les sons marquent, l’encre pâlit…

Bon. Allez… bouge ton corps, bouge ton corps.

Thursday, February 22, 2007

Je défends la nature mais je me soigne.

J’adhère à l’appel aux politiques sur les questions d’environnement.

Mais franchement de vous à moi, ce n'est pas que je m’inquiète pour la planète. Ce qui m'intéresse dans ce combat est l'opportunité d'élever le débat. Parler en ces temps d’élection d'autres choses qu’impôt et immigration...

Car j'ai confiance en l'homme. En sa capacité d’adaptation. De réaction. Le niveau de la mer ne va pas monter de 2 mètres un matin. L'air ne va pas devenir irrespirable du jour au lendemain. Et si la neige manque un jour sur le Kilimandjaro, la belle affaire : pourquoi faut-il absolument qu'il y ait du blanc là-haut?

Le monde change et la nature avec.

Et l'homme s'ajustera. Pas l'inverse. Jamais vu l'inverse. La nature ne s'adapte pas, elle résiste. Avez observé une forêt 2 ans après un incendie? Elle reprend ses droits, elle recolonise. Jamais vaincue. Plus près de nous, z’avez déjà gagné vous, contre un chiendent persistant ? Et parlez-moi des fertilisants qui bousillent nos terres : pour trop de temps pour nous mortels mais à l’échelle de la planète, une misère.

Oui la nature bouge, brusquée ou pas.
Mais qui l’emportera? Qui est en danger si danger il y a? Pas la planète en tous les cas. Tout ira bien pour elle merci, la vieille dame en a vu d'autres.

L'homme est en danger. S'adapter ou crever. Comme les dinosaures.
Et alors? Autre chose le remplacera. Un nouveau cycle repartira.

Et nous, vous et ma poire, ne serons plus que de la vieille, très vieille histoire.

Ca vous gêne, vous?

Thursday, February 15, 2007

Je m’émeus à l’arrivée.

25 heures.
Deux tours de cadran passés en l’air.

Pas étonnant que le hall des arrivées de l’aéroport de Sydney soit un rien chargé. D’émotion j’entends.

Car s’enfermer un jour entier dans un tube en acier pour survoler les Balkans encore chauds de leurs différents d’antan, godiller entre les ébats pyrotechniques du Moyen Orient et traverser les filets appâtant des mers d’Asie où le vol organisé prolifère, tout cela donne au débarquement, des airs de petite victoire…
Et je tais la bataille rangée avec le voisin envahissant qui, quand la paix est signée, ronfle comme un sonneur. Ou l’acte de résistance héroïque à l’insomniaque d’à côté, dont le parlé anarchique révèle les limites de notre statut d’auditeur.

A l’arrivée, on est tous des rescapés.

J’aime cet endroit où l’émoi reprend ses droits. Jamais ne me lasse des gens qui s’embrassent. S’étreindre. Sourire, pleurer. Se rassurer. Comme s’il fallait recharger de sens nos sentiments trop longtemps échangés à distance.

J’observe ce petit monde à la ronde…
Assailli par de petits bras gigoteurs montés au velcro, un couple au cheveu gris oublie sa fatigue illico. Deux hommes en turban s’étreignent en pleurant, une mère tempère l’accueil réjoui de son ado sac à dos. Un grand blond le sourire en banane, fend la foule au sortir de la Douane pour prendre tendrement dans ses bras celle qui le mange des yeux depuis tout là-bas…

Fragments d’intimité non surveillés. Car à cet instant pour chacun, nous, le reste du monde, nous ne sommes plus rien...

*********

Ce Jeudi, j'innove un peu.
Un groupe d'expatriés réparti à travers le globe m'a contacté pour participer à un "exercice de rédaction" commun. Chaque 15 du mois, un thème est décidé et tous postent ce jour-là billet, photo ou vidéo dans l'esprit du thème choisi.

Ce mois-ci, le thème est: "A la découverte d'un endroit que vous aimez". D'où le Hall des Arrivées de l'Aéroport de Sydney... Bon, vous suivez?!

N'hésitez pas à aller faire un tour chez mes camarades de jeu.
Je vous souhaite une jolie ballade autour de la Terre.
Voici leurs liens:
Laurent en Italie, Olivier à Montréal, Aurélie en Norvège, Alcib, Hervé au Québec, Hepao, Fred, Lady Iphigénia, Bergere, Ervalena, René en musique, Bertrand à Paris, Isabelle et son samouraï, Nathalie en photo à Sydney, Jojo à Trieste, Aurélie à Washington, Jean-Marc en couleurs.


Et puis n'oubliez pas d'aller vous promener sur les sites là, dans la colonne de droite.

Ah, une dernière chose! Allez lire les commentaires du post de la semaine dernière. Vous vous souvenez, salade de fruits jolie, jolie... Ne pas manquer l'épilogue, commentaire #23 je crois...

Bon maintenant, je vous laisse tranquille.

Thursday, February 08, 2007

J’ai croisé une jolie fille.

J’entends d’ici la grogne des aigri(e)s: et pourquoi la mignonne a-t-elle son propre cri? Pourquoi pas un billet sur le croisé des gens tout simplement.

Eh bien, parce qu’elle est jolie, justement.

Que voulez-vous que je vous dise, le plaisir des yeux est avant tout une gourmandise. Même sans croquer, s’empêcher de scruter est une lourde bêtise.

Avec tout mon respect Mesdames, ne faut-il être fin gourmet pour apprécier le port altier d’une pièce joliment montée, les délices d’un sourire acidulé ou le charme sucré d’un mouvement de nuque probablement très étudié ? Quel bec fin peut rester éteint au passage en paquet de petits seins fruités ?
Et que dire quand le galbe insensé d’une descente de reins exquise pose sur le gâteau terminé, l’indispensable cerise…

Régal des sens assuré.

Y a pas à mijoter, un zeste d’éclat chez les nanas et je suis chocolat.

Mais attention fruit défendu. Pas goûter. Regarder sans consommer. Enfin, je parle pour moi : j’ai ce qu’il faut à la maison pour rester maître de mon émoi.

De zieuter j’ai droit. Hommage et vigilance des beautés qui passent sont l’assurance que l’attrait pour ma dulcinée ne se tasse.

Car tout gourmand que je suis, je ne suis pas bonne poire. Et mettre en péril le fruit de ma passion en passant à la casserole de la première pomme venue, non merci.

Aussi j’arrête ici mes salades. Facile de faire le malin quand on a la pêche. Mais qu’arrivera-t-il quand après avoir bien pressé le citron, on ne devient plus bon qu’à sucrer les fraises ?…

Thursday, February 01, 2007

J’vous jure j’invente pas.

Comment se séparer de son partenaire sans en avoir l’air ?

Non, ce n’est pas une question intéressée que je pose. Ni un désir réprimé d’en savoir plus sur la chose. Il s’agit de l’intitulé d’un encadré que j’ai dégoté un matin dans un de nos très sérieux quotidiens*.

Sous la rubrique « Le Jeu des Rapports Humains », un journaliste inspiré y est allé de sa petite idée. Attisée par le réflexe fouineur du blogueur moyen, ma curiosité fut récompensée : étaient couchés là sur le papier, les conseils humoristiques tout en finesse d’un authentique blagueur australien.

La liste est en 8 points, gentil garçon je vous en soumets deux fois moins :

1. Garder une boite de sardines à côté du lit et au petit matin, en prendre une dans la bouche. Réveiller son partenaire en lui soufflant délicatement « jamais, jamais je ne te quitterai ».

2. Aller aux toilettes et laisser la porte ouverte.

3. Faire le café nu en couches-culottes pour adulte.

Enfin, un dernier pour la route :

4. Prétendre être aveugle et dire « je suis tellement heureux de t’avoir rencontré(e). Maintenant, je vais pouvoir me séparer de mon chien dressé ».

Voilà. Véridique. Je n’ai rien exagéré. Grand moment de poésie australe. Aaah, quand mes compatriotes font dans le sentimental…

D’aucuns me diront que c’est du 53ème degré. D’autres que l’on ne comprend décidément rien à l’humour anglais. Quant à ceux qui m’accusent d’être dépassé…

Moi je veux bien mais franchement, même dans Cosmo, jamais ils n’auraient osé cet à propos plutôt pataud.



* Sydney Morning Herald. Diffusion payée 218.000 ex en semaine, 516.000 ex le Dimanche.

Thursday, January 25, 2007

J’ai dû trop forcer sur le vert.

Je suis tombé de haut l’autre soir en conduisant ma fille à un babysitting.

En retard évidemment, la chérie attrape une banane en partant.
Dans la voiture, la banane finie, la voilà qui ouvre la fenêtre et hop, qui jette la peau par dessus bord.

Gasp. Je crois que je rêve.
Une seconde pour reprendre mes esprits et je réagis. Je ralentis, me range sur le côté et demande en suffoquant à la jolie ce qui lui a pris.

- Ben quoi me répond l’ado ébaubie.
- Comment ça « ben quoi » ? Tu es tombée sur la tête ou quoi ?
- M’enfin me répond-elle, pourquoi tu t’affoles, c’est biodégradable !
- …

Alors voilà : à force de discours sur l’environnement et autres vertes tirades, le b-a-ba sur la propreté est tout bonnement resté en rade.

Tout raté, me dis-je. On a tout raté.

Ré-assénant à ma puinée quelques notions de civilité, je fais demi-tour, bien décidé à réparer le méfait. Bravant les mises en demeure de retard supérieur, j’arrête la jeune fille devant le déchet et obtiens à l’arrachée que la voie soit nettoyée. Et la chair de ma chair de confirmer sa surprise, en répétant sûre d’elle, les vertus des décomposants naturels.

Je la sais de bonne foi et je vous jure, bien élevée.
Mais après avoir rabâché toutes ces années les dangers de la nature en péril, je constate effondré que se sont envolées les bases du savoir-vivre en ville.

La leçon a porté. Des deux côtés.
C’est que j’étais loin de prévoir que notre effort éducatif pour une attitude idoine déraperait un soir sur une vulgaire peau de banane...

Thursday, January 18, 2007

Je mue du pouce.

L’être humain est un mutant permanent.
Il est un cas extraordinaire d’ajustement mammifère, j’ai nommé : la mue du pouce.

Car si l’index accusateur traverse le temps avec hauteur, si le majeur insolent prend du galon à tout bout de champ, l’annulaire lui se ringardise, tributaire du mariage en crise. Et je ne serais guère plus disert sur le petit auriculaire dont la fonction de goupillon n’a jamais bougé du pavillon.

Heureusement le doigt potelé a pris en main le développement de notre dextérité.

C’est que l’effervescence de la téléphonie portable lui a ouvert un avenir considérable. Raide mais costaud, souple à l’attache, au doigt perpendiculaire est assigné la tâche de dompter le clavier que ses voisins enserrent.

Et voilà le petit grassouillet d’hier galopant assidument d’une touche à l’autre au train d’enfer.

Ce n’est pas faute d’avoir rien d’autre à faire : le pouce a derrière lui un prestigieux passé. Je ne parle pas de l’époque reculée où douze comme lui faisaient un pied.

Mais du temps où il était tout pour les enfants : réconfort et sécurité… avant que les orthodontistes n’y mettent leur nez.
Le crier dans la cour de récré stoppait toute activité… avant que le T à deux mains ne prenne le relais.
Enfin brandi sur le bas-côté, il était un symbole de liberté… avant que les voyagistes bon-marchés ne lui coupent l’herbe sous le pied.

Alors le pouce, sauvé in extremis d’une fin annoncée ?

Non. Car peu importe son activité, ce membre rusé aura toujours le recours... de se les tourner.

Thursday, January 11, 2007

Je dois être maso.

Le samedi je me lève au petit matin. Déjà ça, c’est un peu crétin.
Alors que la maisonnée dort et baille, je sors en catimini direction Bondi. Je cours.

Arrivé à la plage et après m’être étiré un brin, pieds nus j’attaque le sable fin. C’est parti pour 10 longueurs en petite foulée. 12 kms. Pas au bord de l’eau, ce serait trop facile. Non, sur sol bien sec où le sable est mobile.

L’air est doux, le monde m’appartient. J’ai la pèche, ça va être enfantin.

Le premier kilomètre réveille sans douceur de vieilles douleurs. Au milieu du deuxième tour, je souffle fort et le sable est plus lourd. La plage parait toujours plus longue au retour…

La cadence mollit, les épaules capotent, je faiblis.
En doublant deux jolies croupes qui papotent, je lève le menton et bombe le torse. Ce réflexe de mâle abruti pompe d’un trait mes réserves d’énergie. Ca se corse.
Je suis en nage au troisième passage.
Je peine.
Maudire cette galère.
Qu’est-ce que je fous là?...
Tais-toi. Tenir.
Je tempère.

A la fin du trois, j’entrevois ma dernière heure et au quatrième, les premières mesures du Requiem. Je meurs.
Ne pas s’arrêter est ma dernière volonté.

J’entame le cinquième sans réfléchir et de zombie à mi-parcours, comme par magie je reprends vie au sixième tour : bv le Retour.

7 et 8 passent plutôt vite. L’avant-dernier est du petit lait car il est juste avant le dernier.
Motivé par l’arrivée, j’accélère la foulée pour clôturer en beauté.

Plaisir de s’arrêter. Panacée.

Heu… C’est quoi déjà le titre de ce billet-là ?