J’ai mal.
Mal d’un vide.
Un départ qui me casse, un envol fatal, une absence trop rapide.
Je viens de perdre un frère.
Mon frère ainé.
Emporté par le crabe, comme ça, dans la force de l’âge, terminé.
La sale bête l’a bouffé, ravagé.
Elle lui a mis un genou à terre puis l’a achevé sans pitié.
Impasse et perd, foutu Cancer.
Témoin impuissant d’un combat plein d’espoir pourtant joué d’avance, j’ai assisté résigné à la reddition sans gloire du héros de mon enfance.
J’ai vu une force de la nature souffrir aux limites de ce qu’un humain endure.
Son corps se raidir, le regard inquiet. Le grain de peau jaunir, la camarde avancer.
Rideau.
Depuis l’émotion me fige et sabote mon inspiration. Je croyais qu’on écrivait mieux quand on est malheureux. C’est raté. Je bute sur les mots et ne sors rien qui vaille depuis trois pensées écrites pour ses funérailles.
Je persévère.
Me sortir de la tête l’agonie de mon frère. Effacer ses délires, son visage émacié, sa descente aux enfers. Me rappeler les moments forts, les instants partagés, ressasser nos souvenirs, entendre nos grincements et nos rires.
Il est parti et nous on reste.
L’abandon est manifeste.
Pour ses filles bienaimées qu’il laisse sans repère. Pour celle qui l’a porté à qui ce trou béant pèse énormément. Existe-t-il plus difficile que perdre un enfant ?
Pauvre maman.
Elle qui depuis tout petit nous apprend à serrer les dents, découvre dans la douleur qu’il est curateur de laisser déborder son cœur.
Un mal pour un bien ?
Surement…
Un départ qui me casse, un envol fatal, une absence trop rapide.
Je viens de perdre un frère.
Mon frère ainé.
Emporté par le crabe, comme ça, dans la force de l’âge, terminé.
La sale bête l’a bouffé, ravagé.
Elle lui a mis un genou à terre puis l’a achevé sans pitié.
Impasse et perd, foutu Cancer.
Témoin impuissant d’un combat plein d’espoir pourtant joué d’avance, j’ai assisté résigné à la reddition sans gloire du héros de mon enfance.
J’ai vu une force de la nature souffrir aux limites de ce qu’un humain endure.
Son corps se raidir, le regard inquiet. Le grain de peau jaunir, la camarde avancer.
Rideau.
Depuis l’émotion me fige et sabote mon inspiration. Je croyais qu’on écrivait mieux quand on est malheureux. C’est raté. Je bute sur les mots et ne sors rien qui vaille depuis trois pensées écrites pour ses funérailles.
Je persévère.
Me sortir de la tête l’agonie de mon frère. Effacer ses délires, son visage émacié, sa descente aux enfers. Me rappeler les moments forts, les instants partagés, ressasser nos souvenirs, entendre nos grincements et nos rires.
Il est parti et nous on reste.
L’abandon est manifeste.
Pour ses filles bienaimées qu’il laisse sans repère. Pour celle qui l’a porté à qui ce trou béant pèse énormément. Existe-t-il plus difficile que perdre un enfant ?
Pauvre maman.
Elle qui depuis tout petit nous apprend à serrer les dents, découvre dans la douleur qu’il est curateur de laisser déborder son cœur.
Un mal pour un bien ?
Surement…


24 Comments:
Je pleure avec toi.
C'est sans doute comme une blessure qui s'ouvre et qui ne se referme pas.
Il faut te donner du temps. Du temps pour être malheureux. Pour avoir ce malheureux là toujours avec toi comme une ombre. Du temps pour savoir le vivre. Du temps avant de pouvoir le faire sortir par les mots.
Je partage ta douleur.
Je t'écris, si je peux. Parce que là, malgré le temps, malgré plus de sept ans, terrain miné.
Rien de pire oui que de perdre un fils et un frere. Je suis comme Nathalie et le reste de ta petite famille, je pleure avec toi...
Je découvre tes mots. Il m'en rappelle d'autres... Je t'embrasse très fort.
Un cri pas drôle comme tu dis, c'est un euphémisme. Je mesure ta peine rien qu'à l'idée de perdre mon frère ou ma soeur.
Sans compter que j'imagine qu'il s'agit de celui avec qui j'avais partagé la rédaction d'un "mémorable" ouvrage il y a... 20 ans et qui m'avait tellement impressionné par sa force.
Je te souhaite beaucoup de courage pour surmonter cet odieux moment.
Le crabe est bien souvent le plus fort. On ne veut pas le voir, on ne veut pas y croire, car on veut croire que toujours la vie l'emporte. Même pour ceux qui ont la source vivante en eux, ceux qui ne veulent rien lâcher, ceux qui voient toujours le verre à moitié plein. Je te laisse ces mots de Ch.Peguy, qui me portent depuis un moment similaire il y a 4 ans:
La mort n’est rien. Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté, je suis moi, vous êtes vous. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours. Donnez moi le nom que vous m’avez toujours donné. Parlez de moi comme vous l’avez toujours fait, n’employez pas un ton différent. Ne prenez pas un air solennel et triste, continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé, comme il l’a toujours été, sans emphase d’aucune sorte, sans aucune trace d’ombre. La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié : elle est ce qu’elle a toujours été, le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée, simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attends, je ne suis pas loin, juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.
Merci et bravo pour cri.
Tu as si bien ecrit se que noius resentons, avec toute l'émotion.
Merci et je t'embrasse
Une pensée pour toi et la famille.
Je t'embrasse, BV.
Our thoughts are with you and your family Bruno. May he rest in peace.
Lots of hugs and love
Hala & Nico
cette douleur , cette absence, c'est si long...et ne s'éteint jamais réellement. il ya aura toujours un avant et un après qui devient malgré tout un peu plus acceptable ,...autorisant les souvenirs à refaire surface de manière plus sereine , se mêlant et faisant partie de nos vies pour y trouver une place bien à part dans nos coeurs, à jamais .... je t'embrasse fort. Yasmina
Hello. Suis de tout coeur avec toi et tes proches. Loic LM
Mon cher Bruno,
You'd be surprised, I think, to learn of how many pointless things I invented to do this morning while waiting for the right words to enter my head to express the sorrow felt by your loss. The words still haven't come, but I want to write anyway. It should be music, for that is the only way to express the pain you are harbouring inside. Your short poem, your "cri de coeur", comes as close to music as words ever will.
Losing your older brother, who, as far as you're concerned, has always been there, is like being caught out in a rainstorm and suddenly having your umbrella ripped from your hands.
Perhaps one small consolation is that your brave brother's suffering is over. But not yours, and that is what concerns us now. Perhaps in time...
Our thoughts are with you. Take heart.
Tim and Dominique
Désolé pour cette perte. Courage
ouaou tu m as tué!!!!
decidement tu es vraiment trop doué pour nous faire pleurer!! quel poids dans ces mots!! oufff
mais quel vide sans mon papa.....
Je me souviens d'une conversation que nous avons eu il y a fort longtemps, à la perte d'un être qui m'était très cher, elle-aussi salement rongée de l'intérieur. Ce sentiment dont je te faisais part que cette disparue-à-jamais restait présente à mes côtés. Et cette réflexion que nous avions eue sur l'éternité de l'âme qui – athées que nous étions… athées que nous sommes toujours ? – serait finalement le souvenir laissé dans l'esprit et le cœur de ceux qui restent. Et l'angoisse extrême de ne voir affluer dans un premier temps que des vagues de souvenirs morbides, ceux des derniers moments, ceux de la souffrance, ceux de l'autre encore là mais déjà parti, ceux de l'autre qui n'est déjà plus lui-même. Et parfois, aussi, la culpabilité de se sentir soulagé que tout soit enfin fini.
Avant que l'autre ne revienne nous rendre visite tel qu'aux plus beaux jours, difficile – impossible ? – de ne pas traverser cette période où l'autre vous hante plus qu'il ne vous habite, vous tourmente plus qu'il ne vous réconforte. Les souvenirs de la douleur se rajoutant à la douleur de la perte, jour après jour, puis érodant mutuellement leur gangue de noirceur pour refaire jaillir à la surface les couleurs de la vie. En attendant le retour de cette sérénité qu'autorisent les souvenirs heureux, je suis de tout cœur avec toi, affectueusement.
Tu cherches tant à nous protéger que je n'avais pas imaginé ta souffrance, désolée mon tonton. Dans ce cri j'y vois aussi ma douleur et la partager avec toi me rend moins fragile et légitime ce mal que j'éprouve depuis son départ et que je pensais naïvement partager uniquement avec ma soeur.
Merci
Je t'embrasse fort
Stéphanie
Nous avons lu avec Stephie ton dernier cri! Comment ne pas réagir? Ce cri dérange, provoque, bouscule et le premier mouvement est de se rétracter, se barricader pour ne pas en poursuivre la lecture mais pourtant il est si vrai! J'ai ressenti au plus profond de moi cette douleur si violente de la perte d'un être cher à mon coeur, de celui qui m'avait tout donné puisqu'il m'avait fait "cadeau" de notre fille! Mais ne doit-on pas maintenant dire oui à cette blessure qui nous hante, que nous portons tous, mère, frères, soeurs et proches amis, dire oui à cette blessure qui nous prive du devenir? L'humanité toute entière est traversée par le puissant courant de l'Amour et chaque jour qui passe , Michel nous dit : "je suis là". Il faut que nous acceptions que la mort et la vie soient en fusion non pas contradictoires mais nécessaires ensemble! Certes la mort c'est le déchirement de l'Amour pour ceux qui restent, elle se pose comme une ruture implacable, irréversible. Comment ne pas se révolter devant cette mort de Michel qui nous semble si cruelle, si injuste? Mais aujourd'hui il y a l'avenir et avec lui l'espérance. J'entends Michel nous apostropher : " Mes Biquets,vous avez assez pleurer pour moi, il faut désormais apprendre à vivre autrement avec moi!!". En effet nous devons apprendre à vivre autrement avec Michel. Ces quelques mots sont la vie, ils sont chargés d'histoire, de souvenirs et de présence.Apprenons à vivre pleinement chaque instant de notre vie avec Michel,notre frère, notre père, notre compagnon, notre ami. Marie Cat
je passais de temps en temps en esperant un petit mot, une petite phrase, un petit paragraphe, un petit texte. je suis emue d'avoir attendu. je suis contente de ton retour, j'espere que ce va aller. j'espere que ca va. je vis la meme chose avec ma mamy. ca fait mal. on se sent loin. egoistes d'etre si loin. merci bv d'etre passe, partager cette emotion trop lourde. je suis desolee pour toi et les tiens. je te souhaite le bien qui va avec.
sand, marm se joint a moi.
Merci à chacun. I am touched. Connus ou inconnus, fidèles ou de passage sur ce blog, merci de vos messages ici ou sur ma boîte email. Quand on dit qu'Internet appauvrit les relations humaines...
Ce cri n'est pas sorti en une nuit, j'ai mis plus d'un mois pour le pousser. C'est dire comme il a été douloureux.
Aujourd'hui, le vie continue. Michel est là, dans ma tête, dans nos coeurs. Je suis heureux d'avoir écrit des mots qui restent, heureux d'avoir partagé, heureux de vous avoir fait confiance...
Et je vous promets un cri plus léger avant l'été...
Un texte décrivant avec précision, en pesant ses mots, l'inexplicable et l'intolérable qui s'impose dans nos vie. La mort bête et banale, vulgaire par son évidence nous oblige à serrer les dents encore une fois. Mais pourtant quand le cri se termine, je me permet une larme salvatrice pour accompagner ce coeur qui déborde enfin.
Merci Bruno d'avoir eu le courage d'écrire ces textes nous permettant d'amoindrir notre soufrance.
Me plaque dans la calebasse ces images
Son visage souriant d'un défi entêté et constitutionnel
Ses cheveux poivre et sel, flottant dans le vent d'une volonté qui ne fléchit qu'à la fin
Lorsque les lumières de la vie en son corps rongé se furent éteintes.
Même les dragons, même les héros meurent...
Pour ceux qui restent
Apprivoiser la sauvagerie de la perte, avec ce vide qui hurle aux souvenirs d'affluer
Pour le combler, et palier à cette injuste absence.
Après ce chaos émotionnel où tout n'est plus que cendres
Viendra un printemps où nos cœur fuiront le gel de Décembre.
Je suis de tout coeur avec toi, ta maman et toute ta famille ; puissent tes mots, si forts, si chargés d'émotion, te soulager, vous soulager toi et tes proches, de cette terrible souffrance de perdre son frère, son fils, son père...
Nathalie Plantier Ernoult
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